APPEL À PROJETS DE LA MAE 2019

La Maison Archéologie & Ethnologie, René-Ginouvès, avec le soutien des universités Paris Nanterre, Paris 1 Panthéon-Sorbonne et Paris Lumières, lance son sixième appel à projets interdisciplinaires et inter-laboratoires autour des six axes thématiques :

 

Date limite de dépôt des candidatures : lundi 29 avril 2019

Renseignements et envoi des dossiers de candidature à : laurence.quinty@cnrs.fr

Télécharger le formulaire de candidature

Télécharger l’appel à projets


LES AXES THÉMATIQUES

Migrations et mouvements de population

Coordonnateurs : Ismaël Moya, anthropologue (LESC – UMR 7186) et Grégory Pereira, archéologue (ArchAm – UMR 8096)

Aussi vieilles que l’humanité, les questions soulevées par les migrations humaines traversent temps et disciplines. De la théorie de l’Out of Africa expliquant l’expansion du genre Homo aux migrations contemporaines, elles constituent un champ de recherche partagé par de nombreuses disciplines, dont l’archéologie et l’anthropologie sociale. Pourtant, force est de constater que, derrière cet objet commun, les questions posées et les perspectives développées sont souvent éloignées du fait des pratiques propres à chacune des disciplines et de la nature des données dont elles disposent.

C’est par le biais de l’étude des vestiges matériels du passé que l’archéologie tente d’aborder les migrations dont l’appréhension passe d’abord par la délicate question de leur simple mise en évidence. En raison de la perspective diffusionniste qui a prévalu pendant la première moitié du XXe siècle, la problématique des mouvements de population a longtemps été abandonnée avant de connaître un regain d’intérêt à la faveur du développement de nouvelles méthodes d’analyse et d’approches théoriques plus solides et nuancées. Les archéologues disposent, à présent, d’une large palette d’outils méthodologiques qui, de l’étude diachronique des réseaux d’habitats aux marqueurs isotopiques en passant par l’étude des savoir-faire divers ou des séquences de gestes rituels, permettent d’interroger la question des mobilités humaines et de leur incidence sur la longue durée des sociétés. Cependant, le problème du sens que l’on doit accorder à tel ou tel indicateur reste une inépuisable source de discussions et c’est en s’ouvrant aux référentiels fournis par d’autres disciplines comme l’anthropologie sociale ou l’histoire que l’archéologie peut espérer passer des faits à la compréhension des processus.

Dans sa recherche de la permanence des faits sociaux, notamment en situation de rupture et de changement, la discipline anthropologique voit dans les migrations à la fois un phénomène social et une problématique centrale pour saisir les sociétés humaines et leurs évolutions contemporaines. Peu à peu, l’anthropologie a participé, entre autres avec la sociologie, à appréhender cet objet comme un processus complexe, où entrent en compte à la fois des variables, des trajectoires, des types de déplacement multiples, et la subjectivité des acteurs. Si elle s’est intéressée aux ressources ou indicateurs permettant de maintenir des liens et des formes de continuité, même symboliques, avec le pays de départ, ce n’est que relativement récemment qu’elle a centré son approche des migrations sur ses expressions matérielles diverses (telles que les lieux, les espaces construits, les objets…). Pourtant, si l’on reprend les travaux de Maurice Halbwachs, celles-ci sembleraient parmi les mieux à même d’impulser des recompositions sociales et d’instaurer la dimension durable du collectif dans la succession des vies individuelles.

Cet appel porte donc sur la problématique des liens entre migrations et expressions matérielles, telle qu’elle est traitée dans diverses disciplines et en particulier en archéologie, en histoire et en anthropologie. Il s’agit ici, en intégrant la question des échelles et des temporalités, de comprendre ce que le recueil et l’interprétation des expressions matérielles permettent de dire des migrations ou laissent au contraire en suspens et oblitèrent ; il s’agit également d’étudier comment, selon les approches disciplinaires, sont articulées des données empiriques, des concepts et des théories et les effets de ces articulations sur la construction de nos connaissances. Les projets devront ainsi proposer, à partir d’une question et/ou d’un objet commun articulant la problématique des migrations et celle des expressions matérielles, d’un point de vue méthodologique et théorique, des éléments de mise en contexte, de compréhension et de définition permettant d’ouvrir un dialogue interdisciplinaire.

Phénomènes de transition historique

Coordonnateurs : Monica Heintz, anthropologue (LESC – UMR 7186) et Christel Müller, historienne (ArScAn, Equipe ESPRI – UMR7041)

La dissection des « régimes d’historicité » par François Hartog en 2003 (Régimes d’historicité. Présentisme et expérience du temps, Paris : Le Seuil, 2003) a amené cet historien à considérer que le régime actuel relevait de ce qu’il appelle le « présentisme », c’est-à-dire un régime où « le présent est omniprésent (…et) tend à devenir à lui-même son propre et son seul horizon ». Un tel constat pourrait paraître condamner d’emblée la notion même de « transition historique », si attachée à première vue à une réflexion sur l’ordonnancement du temps social comme du temps psychologique, à la construction d’une successivité entre l’avant, le pendant et l’après. Pourtant, au jour le jour, historiens, archéologues et anthropologues, chacun selon des modalités qui leur sont propres, continuent de pratiquer « l’art de la transition ».

L’objectivation du temps par les historiens et les archéologues aboutit à des périodisations comportant des ruptures et des moments de continuité, ce qui amène l’émergence de moments de transition dont la durée paraît varier selon le plus ou moins grand recul par rapport au point du passé considéré. L’une des questions qui se pose à cet égard est celle de la manière dont on identifie, dans le domaine archéologique par ex., ces transitions. Plutôt que de considérer la transition comme un simple sas entre deux périodes, n’est-il pas plus intéressant de la penser autrement et de prendre en compte, pour la définir, les interférences entre passé, présent et futur et les paramètres du changement au lieu de suivre le simple ordonnancement temporel ? De même, si la transition cesse d’être un tunnel chronologique, peut-elle acquérir une identité particulière en tant que période et ces périodes que l’on appelle des transitions de manière intuitive ne présentent-elles pas des similitudes ? La question serait ici de savoir s’il n’y a pas là une nouvelle manière de penser la transition en régime présentiste, qui ne relèverait plus d’un mode ancien d’écriture du passé.

Mais le temps tel qu’analysé par les anthropologues et les historiens est aussi un temps subjectif, où le ressenti des acteurs importe autant que les frises chronologiques au sein desquelles la mise à distance prétend les enfermer. La question se pose alors de savoir si les acteurs d’une transition « objectivée » la perçoivent ou l’ont perçue comme telle dans leurs activités quotidiennes, générant ainsi des conduites motivées par l’instabilité de leur vécu. Cette perception s’articule autour de trois notions-clés : d’abord celle d’héritage, souvent manipulée par les acteurs eux-mêmes pour exprimer soit un sentiment négatif de rejet d’un passé jugé envahissant, soit le sentiment positif de son indispensable patrimonialisation ; ensuite, celle de crise, qui vient parfois se substituer à celle de transition pour exprimer les doutes qu’éprouvent les acteurs vis-à-vis de leur avenir (et se pose ici de nouveau la question de savoir comment évaluer la durée d’une « crise ») ; enfin, celle de génération, paramètre aussi important pour les comportements en situation de transition que le sexe ou la situation sociale : en effet, lorsque le rythme des changements s’accélère, la transition est vécue de manière très différente selon l’âge auquel on est « entré en transition ».

Ces quelques propos sont destinés à être l’amorce d’une réflexion organisée autour de la recherche de définitions de la transition, d’une prise de conscience de la manière dont on réifie les transitions et enfin d’une conceptualisation fine de la perception de la transition chez les acteurs de celle-ci.

Anthropologie funéraire et l’homme face à la mort

Coordonnateurs : Gregory Delaplace, anthropologue (LESC – UMR 7186) et Frédérique Valentin, archéologue (ArScAn – Equipe Ethnologie Préhistorique – UMR 7041)

Les sépultures données à leurs défunts par les sociétés du passé sont parfois les seules traces à travers lesquelles il nous est possible aujourd’hui de les étudier : miroir des activités économiques et de la vie quotidienne, indice de l’organisation sociale, le funéraire a constitué de fait le lieu par excellence de la recherche archéologique depuis ses débuts. Les historiens et les anthropologues, pour leur part, ont mis à profit l’accès simultané aux vestiges et aux témoignages dont ils bénéficiaient pour étudier dans une perspective comparative « l’idéologie funéraire » des sociétés du passé et du présent. La forme donnée à la sépulture ainsi que les discours sur la mort et l’au-delà traduisent dans ce cas la place donnée au mort dans une société particulière. D’autres pistes de recherche peuvent être proposées incluant :

La réévaluation générale du rapport entre mort, vestiges et mémoire. Si l’on admet que la sépulture n’est pas nécessairement le lieu privilégié de célébration de la mémoire du défunt, voire que le souvenir n’est pas un impératif catégorique du funéraire, il convient alors d’étudier comment mémoire et oubli se conjuguent aux différents régimes de visibilité des sépultures et des monuments – les moins visibles n’étant pas nécessairement les moins prestigieux.

les relations entre transformation biologique du cadavre (thanatomorphose), manipulations anthropiques du corps (préparation, conservation, destruction) et rite de passage, ainsi que les conditions de l’inférence des manières de faire et des rituels (les protocoles) à partir de leur résultat (la sépulture).

la spatialisation de la mort, l’inscription des restes du défunt dans l’espace ou leur reprise dans d’autres systèmes, avec un accent porté sur les problèmes posés par des morts déplacés ou mal-placés, et d’une manière générale aux situations où la place des morts ne va plus de soi.

Si chacune des disciplines bénéficie pour ses propres recherches des résultats obtenus par les autres, le « lieu commun » du funéraire a trop rarement donné lieu à des discussions partagées. Dans le cadre de son appel d’offres thématique, la Maison Archéologie & Ethnologie, René-Ginouvès (MAE) propose aux chercheurs de la MAE de relever le défi d’une réflexion interdisciplinaire autour des enjeux du funéraire dans les sociétés humaines, en particulier autour des pistes de recherche proposées.

Devenir objet. De l’archéologie au design

Coordonnateurs : Pascale Ballet (ArScAn, Equipe ESPRI – UMR7041), Emmanuel Grimaud (LESC – UMR 7186)

L’objectif de ce quatrième axe est de proposer une réflexion interdisciplinaire autour de l’objet et de l’ « objectalisation », autrement dit ce qui devient ou ne devient pas objet, au cœur des recherches en sciences humaines. Cet axe ancre l’objet dans les réflexions communes telles qu’elles sont menées depuis longue date à la MAE, mais il est aussi susceptible de générer des liens nouveaux avec d’autres domaines tels la philosophie et le design, qui interrogent et conçoivent des formes présentes ou futures d’objectalisation (de Dagognet à Gell en passant par Searles). Qu’est-ce qui devient objet ? Tout peut-il devenir objet ? La matérialisation a-t-elle des limites et pourquoi ?

Issu de la nature transformée, « tout objet transforme autre chose » (Baudrillard, 1968). L’intérêt que l’on peut porter à l’objet n’a pour ainsi dire aucune limite, puisqu’il embrasse tant le domaine de l’environnement en tant que pourvoyeur de ressources biotiques et abiotiques, que celui des techniques, de l’art voire de l’idéologie, que le contexte dans lequel il apparaît, comme celui de l’utilisation… la différence que faisait François Sigaut entre fonction et fonctionnement (1991).

Pris dans le présent de leur genèse et de leurs usages, les objets sont des acteurs du quotidien toujours en devenir. Dotés d’agentivité, ils « coopèrent » littéralement avec les humains, en même temps qu’ils participent de leur transformation et de celle de leur relation à l’autre (Gell 1998). Autrement dit, penser les objets dans le passé comme dans le présent invite à considérer, outre la dimension socioculturelle, l’engagement réciproque de l’homme et du matériau.

L’objet en soi désigne un vaste ensemble de choses dotées non seulement d’une efficacité technique, mais également d’une efficacité sociale, affective ou émotive liée au statut, au rang, à la fonction ou à la position, mais aussi au prestige, à la pauvreté et à la richesse ou encore à l’esthétique, au charme et à la magie. Ainsi, l’objet est, avec plus ou moins de fiabilité selon le contexte dont il provient, marqueur de fonctionnalités, de représentation sociales et symboliques ou encore de projection dans le futur. Il est aussi l’expression d’une ressource, d’un lieu et de chaînes de conception, de production et de distribution. Ceci permet de suivre la trajectoire, de la matière première à la diffusion d’un produit fini, et d’y associer des acteurs (commanditaires, concepteurs, producteurs, distributeurs et consommateurs) comme également des pratiques et des idéologies.

L’histoire de l’objet et de l’œuvre d’art peut aussi donner matière à réflexion, au travers des intentions premières de sa fabrication et de son utilisation, comme de ses réemplois ou recyclages. Résultats de processus matériels, qui concrétisent la durée d’une pratique et incarnent différentes formes d’organisations sociales, les objets servent d’appui à des opérations d’inférence susceptibles d’investir le passé comme le présent.

L’approche que nous proposons ici est résolument anthropologique. Comprenant aussi bien les aspects matériels qu’immatériels des productions humaines, elle concerne le cœur des recherches menées dans le cadre des sciences humaines et sociales et des sciences de la terre qui s’y associent.

Les thèmes que nous souhaiterions voir développés sont :

  • Sources des matériaux et traitement des ressources
  • Productions et contextes de production
  • Acteurs de l’exploitation des matériaux à la distribution des objets
  • Objet tel qu’on le décrit et tel qu’on le perçoit (matière, texte, son et image)
  • Pratiques techniques et sociales
  • Fonctions, fonctionnement des objets
  • Productions traditionnelles, industrielles et artistiques
  • Morphologie et ergonomie
  • Design, robotique et nouvelles formes d’agentivité
  • Devenir objet et autres formes de devenir humain et non humain

Disciplines concernées : archéologie et préhistoire, histoire, ethnologie, anthropologie, ethnomusicologie, sociologie, géographie, art et histoire de l’art, design, robotique, urbanisme, esthétique, philosophie

Imaginaires

Coordonnateurs : Sylvie Aprile (UMR 7220), Brigitte Boissavit-Camus (UMR 7041), Nathalie Le Tellier-Becquart (USR 3225), Juliette Testard (UMR 8096)

Depuis un peu plus d’une vingtaine d’années, les sciences humaines et sociales ont rendu toute leur place aux imaginaires, en même temps que se développaient les courants de recherche en études culturelles, se définissant en fonction des approches dites post-coloniales. Des « géographies imaginaires » d’Edward Said, aux « communautés imaginées » de Bénédict Anderson ou aux études des faits religieux voire à celles qui se donnent la mémoire pour objet, toutes les sciences sociales et humaines sont concernées par ces questionnements. Il apparaît que les processus de mondialisation et les mobilités ont contribué à les renouveler pour produire « une approche nouvelle du rôle de l’imagination dans la vie sociale » pour reprendre une formulation d’Arjun Appadurai. Approche nouvelle qui concerne les sociétés présentes tout comme les sociétés passées.

L’objectif de cet axe est de mobiliser les outils et méthodes scientifiques pour les mettre au service d’une meilleure compréhension des « imaginaires », individuels et collectifs, politiques, religieux, idéologiques et sociaux, passés et présents, qu’ils soient exprimés sous forme d’actions, de pratiques, de réalisations ou de représentations.

Ceci concerne le rapport humain aussi bien au temps qu’à l’espace. Toutes les temporalités se nourrissent en effet des imaginaires qui les traversent : présence du passé dans les sociétés (y compris sous la forme du « patrimoine », lui aussi fruit autant que support d’imaginaires) et construction des futurs… Spatialement, les imaginaires sont produits et sans cesse transformés à différentes échelles — du local au global —. Ainsi, de tout temps et en tous lieux, les sociétés humaines s’instituent sur la base de leurs imaginaires. Ceux-ci ne sont pas un contre-point du réel, mais ce à quoi elles se réfèrent pour comprendre le réel.

Les projets réunis dans cet axe thématique ont vocation à interroger toutes les représentations, leur rôle et leur fabrique : images, cartes, dessins, photographies, numériques ou non, films, réalisations scientifiques et artistiques, modèles. Nos outils mêmes de recherche sont aussi questionnés : ils influencent et sont influencés par nos imaginaires. Ainsi, grâce aux technologies 3D, nous modélisons et « ré-imaginons » littéralement notre vision du passé.

L’originalité et la force de notre MSH pour travailler à ce vaste champ est qu’elle est en capacité de fédérer et de confronter des approches pluridisciplinaires sur les imaginaires dans le temps long et dans des aires géographiques extrêmement diverses, permettant ainsi réflexivité et démarches comparatistes fructueuses.

L’être humain en sciences humaines et sociales

Henri Desbois (UMR 7218), Aurélie Montagne-Bôrras (USR 3225), Albert Piette (UMR 7186), Frédéric Valentin (UMR 7041)

Toutes les disciplines de sciences sociales et humaines sont concernées par l’humain. Ce thème, pourtant rarement saisi comme tel, permet de stimuler des débats et des recherches interdisciplinaires entre les équipes de notre MSH, tout en ouvrant à d’autres disciplines comme la philosophie mais aussi à des modes de connaissances différents, comme l’art.

En fournissant le modèle implicite d’une connaissance raisonnée et méthodique du réel, les sciences de la nature placent les sciences humaines et sociales, à partir du moment où elles s’insèrent dans un cadre institutionnel commun, dans la position épistémologique inconfortable d’avoir à composer avec un sujet rétif à l’objectivation et difficile à enchâsser dans un système déterministe.

Il apparaît en effet que nos disciplines, la préhistoire, l’archéologie, l’histoire, l’ethnologie, la géographie, les études urbaines, la science politique sont concernées par l’humain, mais le plus souvent obliquement. Chaque discipline opère différemment, à partir d’un ensemble de raisons théoriques et méthodologiques, pour « transformer » l’être humain dans ses propres thèmes de recherche. Tantôt, il n’est retenu de l’humain qu’un de ses aspects ou compétences (ses capacités sociales, ses compétences techniques) ; tantôt, il est d’emblée traversé par une mise en perspective pour viser d’autres choses (les systèmes sociaux, les groupes, les cultures) ; tantôt encore, on s’intéresse à ses productions (l’art, les outils, l’habitat, la sépulture).

Il serait pertinent d’expliciter et de comparer diverses épistémologies. Qu’est-il fait, selon celles-ci, de l’être humain au sens strict du terme comme entité perceptible avec ses frontières ? Quand l’humain semble-t-il perdu ou gagné, tout au long d’une recherche ? Comment aborder l’individualité, en deçà ou au-delà des mises ensemble ? Par l’étude de ses représentations et la comparaison de leur diversité mais aussi par l’observation directe : Comment penser des méthodologies fécondes à cet effet ? Dans cet ordre d’idées, il importe de s’interroger sur les définitions de l’humain sous-tendant les recherches ainsi impliquées.

Le dialogue avec les expressions artistiques, la littérature, la peinture, la sculpture, mais pas seulement, peut-il permettre aux sciences humaines et sociales de se réinterroger sur leur propre épistémologie, en particulier de l’être humain ? Y a-t-il des thèmes, sans parler de leurs expressions, qui semblent possibles en art et impossibles en sciences humaines et sociales ? Comment tenter de les approprier dans nos disciplines ?

Dans le cadre du dialogue au sein de nos centres de recherches, on ne peut mettre de côté la question de la « nature humaine » ? Existe-t-il une unicité de l’humain tel que l’envisagent les différentes disciplines ? Y a-t-il une continuité de l’humain à travers ses différentes manifestations, un socle anthropologique commun universel, ou, au contraire, la fragmentation en genres, groupes sociaux, cultures, etc., compromet-elle toute approche globale ? Une perspective transdisciplinaire permet d’aborder cette question aux implications politiques profondes.

A l’heure où il est de plus en plus question d’humain augmenté, où les machines autonomes, voire pensantes, ne semblent plus entièrement hors du plausible, où le transhumanisme est débattu dans les magazines et devient un enjeu économique, il est légitime de nous interroger sur la façon dont notre objet d’étude traverse la mutation technologique actuelle.

Que dire également des humanités précédentes ? Quels enseignements tirer des traces qu’elles ont laissées dans ou sur le sol ? Comment interpréter les témoins matériels de gestes, activités et pratiques rituelles, domestiques ou techniques, de formes d’organisation et d’émergence de catégories ? Où trouver l’humain, entre reconstitution de chaines opératoires techniques et ostéobiographiques et approches quantitatives des données archéologiques et historiques ?

Un dernier point consiste dans la connaissance de l’humain qui écrit la science. « Comprendre l’humain, c’est connaître celui qui écrit son histoire, regarder à l’intérieur de soi, en tant qu’homme de science. Cela suppose de cheminer entre l’humain étudié et celui qui l’étudie, dedans, dehors, de plonger en soi, s’extraire de soi, soi étant tantôt la science, tantôt l’homme qui la fait ». La constitution d’archives orales seraient pertinentes à cet effet. Des comparaisons interdisciplinaires pourraient être réalisées dans cette perspective. Les projets qui seront menés dans cette vaste recherche de l’être humain pourront s’appuyer sur les nombreux moyens méthodologiques et techniques innovants mis à la disposition des chercheurs dans la MSH, notamment dans les domaines de l’ingénierie de l’information scientifique et technique, de l’archivistique ou encore des humanités numériques.


OBJECTIFS

Ce dispositif vise à susciter et accompagner des projets de recherche et des actions de formation répondant aux principes d’interdisciplinarité et de dynamique interinstitutionnelle inscrits dans la charte du Réseau national des Maisons des sciences de l’Homme.

A travers cet appel à projets, la MAE souhaite renforcer les collaborations entre disciplines, entre unités de recherche, unités mixtes ou équipes d’accueil, et services de l’USR, et fournir des moyens d’action pour :

  • mener une recherche qui explore des pistes nouvelles [budget : 25 000 euros] ;
  • porter à maturation un projet dans le but de le soumettre à des appels d’offres nationaux et internationaux [budget : 10 000 euros] ;
  • promouvoir des actions de formation innovantes [budget : 5000 euros].

En appui, l’USR3225 propose d’accompagner les projets, selon leurs besoins, dans les domaines de la documentation, l’édition, la communication, l’audiovisuel, l’informatique ou encore l’aide au montage des dossiers d’appels d’offres.

Dans cette perspective, et dans le cadre des recommandations faites au niveau national et européen sur la gestion des données de la recherche, l’USR accompagnera les chercheur.e.s, de la collecte jusqu’à l’archivage de leurs données (données de terrain : images, audio, vidéo, SIG, données textuelles, base de données), en passant par leur traitement, documentation et stockage.

CRITÈRES D’ÉLIGIBILITÉ

Les projets doivent :

  • s’inscrire au moins dans l’un des six axes thématiques de la MSH (http://www.mae.parisnanterre.fr/axes-thematiques-transversaux/) ;
  • être porté par un laboratoire de la future MSH « Mondes »1 et associer au moins un autre laboratoire (extérieur ou non à la MSH) ;
  • associer des chercheurs-es de différentes disciplines de sciences humaines et sociales.

CRITÈRES D’ÉVALUATION

  • la qualité du projet
  • le degré d’interdisciplinarité et d’interinstitutionnalité du projet ;
  • le partenariat avec des laboratoires extérieurs à la MAE ;
  • la dimension internationale du projet ;
  • la participation de doctorants et post-doctorants ;
  • la diffusion des résultats ;
  • le degré d’implication envisagée des services de la MAE.

GESTION FINANCIÈRE

Les projets sélectionnés sont financés pour une durée maximale de 24 mois, à compter du 1er janvier 2020. Un financement complémentaire devra être apporté.

Les montants alloués seront gérés par l’USR 3225. Une ligne de crédits sera ouverte à cet effet pour les projets financés. L’USR passera toutes les commandes et règlera les factures relatives à chaque projet.

Toutes les dépenses sont éligibles : frais de déplacement, vacations, prestations de service, documentation, communication… à l’exception de l’achat de petites fournitures de bureau et d’équipement (matériel informatique, etc.).

ÉVALUATION DES PROJETS

Les projets seront évalués par le conseil scientifique de la MAE. Les projets sélectionnés, d’une durée supérieure à une année, feront l’objet d’une évaluation intermédiaire.