Perdre et/ou retrouver l’humain

Premier séminaire de l’axe « L’être humain en sciences humaines et sociales »

à la Maison Archéologie & Ethnologie (campus de Nanterre)
le vendredi 15 février 2019 à 13h30
Salle 2 du rez-de-jardin

Coordonnateurs de l’axe « L’être humain en sciences humaines et sociales » :
Henri Desbois (Lavue), Aurélie Montagne-Bôrras (USR 3225), Albert Piette (Lesc), Frédérique Valentin (ArScAn)


Programme

Retrouver des traces des perceptions et des émotions en préhistoire
(Sophie A. de Beaune, Université Jean Moulin Lyon 3 et ArScan « Ethnologique préhistorique »)

Résumé : De même que les ethnologues étudiant des populations lointaines leur prêtent des intentions et des volitions en s’appuyant sur leur propre vie psychologique, les préhistoriens prêtent des aptitudes sensorielles aux hommes de la préhistoire en s’appuyant sur leurs propres sensations. J’examinerai ici le bien-fondé d’une telle démarche. À partir d’indices indirects, nous verrons qu’il est possible d’avancer l’hypothèse que la perception sensorielle des uns et des autres participe d’une commune humanité. Le préhistorien travaille sur de l’ineffable, du quasi-imperceptible. Il n’est pourtant pas illusoire de constituer un système d’hypothèses cohérent, dès lors qu’on soumet chacune de ces traces aux contrôles que permettent aujourd’hui des disciplines auxiliaires d’une haute technicité, et qu’on s’ouvre à la comparaison avec les apports des autres sciences humaines. Se fondant sur les données accessibles aujourd’hui en préhistoire et en particulier sur mes propres recherches sur les techniques préhistoriques, sans toutefois m’interdire quelques incursions dans le domaine ethnographique, je proposerai dans cet exposé des hypothèses sur les perceptions sensorielles des hommes du Paléolithique supérieur. J’en ajouterai quelques autres sur ce qu’on peut avancer concernant les émotions et les traces archéologiques qui sont susceptibles d’en témoigner.

L’espace, la vision, le temps : quelle place pour l’expérience humaine en géographie ?
(Henri Desbois et Philippe Gervais-Lambony, Université Paris Nanterre et Laboratoire LAVUE)

Résumé : La construction de la géographie en tant que discipline correspond en bonne part à une entreprise d’objectivation de l’espace, en particulier à travers la cartographie. Mais cette  approche tend à mettre à distance l’expérience humaine de l’espace, qui a toujours une dimension temporelle, que la vision cartographique escamote. Nos lieux vécus ne sont pas seulement situés dans l’espace mais aussi dans le temps et l’expérience commune du « déplacement » (qui ne peut se faire que dans le temps et l’espace à la fois) est la modalité géographique de la condition humaine. Elle peut être un des objets d’investigation de la géographie comme discipline si on souhaite la rattacher à la famille des humanités. Le dialogue avec les productions artistiques, notamment littéraires, est une des voies pour cette géographie recentrée sur l’humain.